Quelles sont pour vous les principales avancées du groupe 4 ?
Le Grenelle incite à un nouveau mode de réflexion, qui raisonne en terme de « système de production » pour obtenir des solutions intégrées viables, notamment par des pratiques agronomiques permettant de conserver un sol vivant, une ressource négligée par rapport à l'eau ou à l'air. Il s'agit de produire une économie et une qualité égale avec moins d'intrants, notamment grâce à des variétés adaptées et à une nouvelle agronomie. Tous les acteurs doivent se mobiliser pour accélérer la mise en place de systèmes intégrés et trouver des solutions financièrement intéressantes pour les producteurs. Des expérimentations encourageantes sont déjà menées dans ce sens.
Par exemple ?
Nous avons déjà des résultats sur les productions fruitières. Récemment, nous avons signé un programme de recherche pour un mode de production « haute valeur environnementale » (HVE) avec le secteur légumier. L'objectif est de proposer des systèmes de production moins dépendants des intrants chimiques et préservant la biodiversité, tout en visant l'équilibre économique. L'Inra est également en train de faire point sur les questions soulevées lors du Grenelle pour voir où il existe déjà un début de réponse et où il faut chercher pour avancer.
La recherche a donc un rôle crucial à jouer ?
C'est un des éléments du puzzle. Cependant, des pratiques agronomiques renouvelées ne pourront se développer que si sur le terrain, les agriculteurs peuvent réellement les mettre en oeuvre. Notamment, s'ils ont un intérêt financier à le faire. Il faut donc penser à toutes les composantes. Il s'agit notamment de repenser la politique agricole commune dans l'optique d'une priorité donnée à une agriculture de qualité et durable. Relier agronomie, formation et politique publique et inventer de nouveaux modèles. Cela passe par différents leviers comme l'écoconditionnalité des aides, une rémunération du service environnemental ou l'accès à un marché spécifique. La certification d'une agriculture HVE pourrait être un moyen pour actionner ces leviers.
Quelle est la différence entre HVE et agriculture raisonnée ?
La HVE pourrait être une agriculture raisonnée de « deuxième génération ». Jusqu'à présent, elle impose surtout des pratiques, une rigueur et une traçabilité : il suffirait d'y ajouter des niveaux d'ambition supérieurs.
La HVE n'est-il pas une façon de faire de l'ombre au bio ?
Non. Le Grenelle a montré la forte volonté qui existait de développer le bio en accroissant l'offre et en stimulant la demande. Mais le bio n'est pas la seule voie. Il faut développer une palette de solutions.
De ce groupe, il n'est pas vraiment sorti d'engagements chiffrés, c'est un peu décevant ?
Je ne suis pas d'accord. Il va y avoir des résultats mais de façon progressive. D'ores et déjà, la volonté d'une certification HVE est une avancée significative. Coté intrants, un plan pesticide est en cours de conception sous la présidence du ministre de l'agriculture. Le groupe de travail devrait rapidement préciser la liste des substances préoccupantes à interdire et présenter un plan d'action d'ici six mois.
Et concernant les OGM ?
Les participants ont réussi à se mettre d'accord sur le fait que nous aurions peut-être un jour besoin du génie génétique et qu'il fallait donc préserver notre capacité d'expertise. La création de la haute autorité est également très positive. Seul bémol : avoir peu abordé les questions de transformation et de consommation durables.
E. L.
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